Commission des Nations Unies : De nouveaux investissements en faveur des professionnel(le)s de la santé stimuleront la création d’emplois et la croissance économique

22 Septembre 2016
Rosa Pavanelli, la Secrétaire générale de l’ISP, a rejoint l’appel des présidents français et sud-africain à réaliser d’urgence des investissements publics à l’échelle mondiale pour créer de nouveaux emplois dans le secteur de la santé, afin d’empêcher une pénurie annoncée de 18 millions de professionnel(le)s de la santé, principalement dans les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire de la tranche inférieure, et d’aider les pays à maximiser les avantages socio-économiques de ces nouveaux emplois dans le secteur.

La Commission de haut niveau sur l’Emploi en Santé et la Croissance économique, coprésidée par S.E. François Hollande et S.E. Jacob Zuma, a présenté son rapport final ainsi que ses recommandations au Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-Moon, en marge de l’Assemblée générale des Nations Unies organisée à New York. Ce nouveau rapport, intitulé « S’engager pour la santé et la croissance – Investir dans les personnels de santé », met en lumière les recommandations émises par 24 Commissaires, dont Rosa Pavanelli, la Secrétaire générale de l’ISP.

La Commission a conclu qu’il s’avère nécessaire d’investir dans les personnels de santé si l’on souhaite progresser sur la voie des Objectifs de développement durable, et notamment des avancées en matière de santé, de sécurité mondiale et de croissance économique inclusive. Pour y parvenir, la Commission a en outre formulé dix recommandations proposant des investissements appropriés dans l’emploi dans le secteur de la santé, qui viendront stimuler les économies, favoriser l’instauration d’une couverture sanitaire universelle et servir de remparts contre des flambées épidémiques telles qu’Ebola.

Au vu du vieillissement de la population et de la progression des maladies non transmissibles, 40 millions de nouveaux postes de travailleurs/euses de la santé seront à pourvoir à l’échelle mondiale d’ici 2030, soit le double des effectifs actuels. Toutefois, la plupart de ces emplois seront créés dans les pays les plus riches. Les preuves démontrant la forte rentabilité des investissements dans le secteur de la santé s’accumulent. Le retour sur investissement dans la santé est estimé à 9 pour 1, et près d’un quart de la croissance économique enregistrée entre 2000 et 2011 dans les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire résulterait des améliorations apportées dans ce secteur. L’investissement dans les compétences et le développement de l’emploi dans le secteur de la santé contribueront à l’autonomisation économique des femmes et des jeunes.

 

Nommée Commissaire à l’occasion de cette rencontre, Rosa Pavanelli, la Secrétaire générale de l’ISP, a représenté le mouvement syndical, et a veillé à ce que les travailleurs/euses de la santé soient entendu(e)s. L’ISP salue le travail de la Commission ainsi que son rapport qui arrive à point nommé, dans la mesure où les crises humanitaires qui gangrènent le monde entier ont mis en exergue les problèmes de santé publique les plus pressants et la pénurie de travailleurs/euses de la santé. L’ISP apprécie grandement la reconnaissance du rôle fondamental des travailleurs/euses de la santé au regard de la fourniture de services de santé et d’une santé publique de qualité, ainsi que l’attention toute particulière portée à la nécessité de promouvoir une formation de qualité pour les travailleurs/euses de la santé en vue de garantir leurs droits fondamentaux, tels que la liberté syndicale, la négociation collective, des conditions de travail sûres et une protection sociale, de même qu’un travail et des salaires décents.

« Nous soutenons l’idée que traiter ces problèmes nous permettra de réduire la discrimination à l’encontre des femmes et des jeunes travailleurs/euses et de contribuer à la croissance économique. Nous approuvons par ailleurs les recommandations raisonnables formulées dans ce rapport, ainsi que l’attention portée aux solutions socialement viables au regard de la migration des travailleurs/euses de la santé, et à la nécessité de réguler à la fois les services de santé privés et publics sur la base des mêmes règles. Nous considérons toutefois que ce rapport aurait dû davantage souligner le danger que représente la promotion des modèles d’investissement qui ont conduit aux déficiences systémiques qui ont eu un impact dévastateur sur l’accès, la qualité et l’équité des services de santé. Plus qu’un enjeu économique, la santé est avant tout un droit humain fondamental, et c’est aux gouvernements qu’il incombe au premier chef de prendre en charge la santé publique », a déclaré Rosa Pavanelli, la Secrétaire générale de l’ISP.

« Depuis trop longtemps, les pays considèrent les personnels de santé comme une dépense parmi d’autres, plutôt que comme un investissement qui produit un triple retour pour la santé, la croissance économique et la sécurité sanitaire mondiale », a déclaré le Dr Margaret Chan, Directrice générale de l’Organisation mondiale de la Santé.

Il est urgent d’agir. La Commission appelle à prendre des mesures immédiates d’ici à mars 2018 afin d’obtenir des engagements et de responsabiliser les acteurs en vue d’accélérer les investissements dans les personnels de santé. En réponse à la demande de la Commission, les vice-présidents de la Commission de l’OMS, de l’OIT et de l’OCDE réuniront l’ensemble des parties prenantes d’ici la fin 2016 en vue d’élaborer un plan de mise en œuvre des dix recommandations étalé sur cinq ans.

« Ce rapport démontre clairement que l’investissement dans l’économie de la santé et les progrès vers la couverture sanitaire universelle peuvent renforcer la croissance économique et la rendre plus inclusive en créant des emplois décents dans un vaste éventail de métiers », a déclaré Guy Ryder, Directeur général de l’Organisation internationale du travail. « Il présente des propositions pratiques pour la mise en œuvre de l’Agenda 2030, en particulier l’objectif 3, permettre à tous de vivre en bonne santé et promouvoir le bien-être de tous à tout âge, ainsi que l’objectif 8, promouvoir une croissance partagée et le travail décent. »

La vision que porte la Commission est celle de personnels de santé renforcés, transformés et durables afin de promouvoir la santé, de prévenir les maladies, de répondre aux besoins des populations et de stimuler une croissance économique inclusive.

Les dix recommandations de la Commission sont les suivantes :

  1. Stimuler les investissements dans la création d’emplois décents en santé, notamment pour les femmes et les jeunes, avec les bonnes compétences, en nombre suffisant et aux endroits opportuns.
  2. Optimiser la participation économique des femmes et encourager leur autonomisation par une institutionnalisation de leur leadership, la lutte contre les préjugés sexistes et les inégalités entre les sexes dans l’éducation et sur le marché du travail de la santé, et par la résolution des questions de genre dans les processus de réforme sanitaire.
  3. Développer une éducation et une formation continue de grande qualité, qui favorise le changement, de sorte que tous les personnels de santé soient dotés de compétences répondant aux besoins sanitaires des populations et soient en mesure de déployer pleinement leur potentiel.
  4. Réformer les modèles de services, actuellement concentrés sur les soins hospitaliers, et privilégier la prévention et la prestation efficace de soins primaires et ambulatoires de qualité, abordables, intégrés, communautaires et à dimension humaine, en accordant une attention particulière aux zones mal desservies.
  5. Exploiter le potentiel des technologies de l’information et de la communication pour améliorer l’éducation dans le domaine de la santé, les services de santé centrés sur les personnes, et les systèmes d’information sanitaire.
  6. Garantir les investissements dans les capacités fondamentales du Règlement sanitaire international, particulièrement en matière de développement des compétences des professionnels de santé nationaux et internationaux dans des contextes humanitaires et d’urgences de santé publique, aigus comme prolongés. Garantir la protection et la sécurité de tous les agents et établissements de santé dans tous les contextes.
  7. Lever des fonds suffisants auprès des sources nationales et internationales, publiques et privées le cas échéant, et envisager une réforme ambitieuse du financement de la santé quand cela est nécessaire, pour investir dans les compétences adaptées, des conditions de travail décentes, et un nombre adéquat de personnels de santé.
  8. Promouvoir la collaboration intersectorielle aux niveaux national, régional et international, mobiliser la société civile, les syndicats et autres associations de professionnels de la santé, et le secteur privé ; et aligner la coopération internationale pour soutenir les investissements dans les personnels de santé, dans le cadre des stratégies et des plans nationaux pour la santé et l’éducation.
  9. Améliorer la reconnaissance internationale des qualifications des personnels de santé pour promouvoir un meilleur usage des compétences ; accroître les bénéfices tout en luttant contre les effets négatifs des migrations des personnels de santé, tout en sauvegardant leurs droits.
  10. Entreprendre des recherches et des analyses approfondies sur les marchés de l’emploi dans le domaine de la santé, en utilisant des indicateurs et méthodologies harmonisés, pour étoffer les données disponibles, renforcer la redevabilité, et promouvoir l’action.

Née en mars 2016 d’une résolution de l’Assemblée générale des Nations Unies, la Commission de haut niveau sur l’Emploi en Santé et la Croissance économique de l’ONU entend inciter les plus haut(e)s dirigeant(e)s à promouvoir la création de nouvelles opportunités d’emploi dans le secteur de la santé à l’échelle mondiale. En vue d’assurer une couverture sanitaire universelle, la Commission propose des solutions ambitieuses visant à garantir que la planète dispose du nombre adéquat de travailleurs/euses de la santé, doté(e)s des compétences adaptées et exerçant au bon endroit.

Les deux coprésidents de la Commission, S.E. François Hollande, le président français, et S.E. Jacob Zuma, le président sud-africain, ont officiellement remis le rapport de la Commission au Secrétaire général des Nations Unies, à l’occasion d’un événement spécial organisé le mardi 20 septembre, après la deuxième réunion de la Commission. Cet événement a réuni différent(e)s intervenant(e)s, dont le Dr Margaret Chan, Directrice générale de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), M. Angel Gurría, Secrétaire général de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), M. Guy Ryder, Directeur général de l’Organisation internationale du Travail (OIT), co-vice-présidents de la Commission ; le Dr Joanne Liu, Présidente internationale de Médecins Sans Frontières (MSF) et le Pr. Muhammad Yunus, cofondateur et Président de Yunus Social Business et prix Nobel de la paix.

L’ISP travaillera avec ses affiliés répartis à travers le monde entier afin de diffuser le rapport de la Commission, de former des coalitions fortes avec d’autres organisations de la société civile, et de collaborer avec les gouvernements et tous les autres acteurs en vue de mettre en œuvre ces recommandations et le futur plan d’action. Parallèlement, elle lancera une campagne mondiale en décembre 2016 en faveur de la reconnaissance de la santé comme un droit humain fondamental accessible à tous.


 

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