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Kenya : vaincre le choléra

24 Septembre 2017
Young girl at a water fountain
Une nouvelle épidémie de choléra a éclaté au Kenya et provoqué la contamination de 146 personnes lors d’une conférence internationale en juin et de 146 autres pendant la foire exposition sur la Chine en juillet. L’épidémie actuelle a commencé le 10 octobre 2016 dans le comté de Tana, mais elle a été maîtrisée à la fin du premier trimestre 2017.

Le manque d’intérêt et de soutien du gouvernement à l’égard du partenariat et de la coopération avec les syndicats et les groupes locaux ont annulé les bienfaits acquis un peu plus tôt avec l’aide de l’Organisation mondiale de la santé. L’épidémie, qui a coûté la vie à au moins 14 personnes, s’est propagée à 12 autres comtés du pays, avec Nairobi pour épicentre. Les cas mortels ont été signalés au sein de la population kenyane ainsi que dans des camps de réfugiés ; les camps de Dadaab, qui accueillent 245.126 réfugiés, sont les plus sévèrement touchés.

Le choléra est une maladie diarrhéique aiguë qui peut entraîner la mort en quelques heures en l’absence de traitement. Le Kenya connaît des épidémies annuelles, avec des pics d’intensité environ tous les cinq ans. Le choléra est lié à l’appauvrissement de la population et à la généralisation des déterminants socioéconomiques de la santé qui en résulte.

Un accès trop limité à l’eau potable, une mauvaise qualité de l’assainissement et des espaces de vie surpeuplés favorisent l’apparition récurrente du choléra dans le pays. Le déni, un manque de préparation pour faire face à l’épidémie et un manque d’intervention médicale d’urgence sont sans doute à l’origine du décès de plusieurs personnes qui ont contracté le choléra lors de cet inquiétant épisode infectieux.

Par ailleurs, ce taux d’incidence élevé s’accompagne d’une crainte accrue vis-à-vis de la résistance aux antibiotiques. Une étude récemment réalisée au Kenya révèle que la bactérie vibrio cholerae qui provoque le choléra est désormais résistante à certains antibiotiques nécessaires pour soigner efficacement la maladie. Incontestablement, la doxycycline est toujours adaptée pour traiter l’infection, mais le gouvernement kenyan doit revoir de toute urgence la prévention et sa capacité à réagir à la crise pour mettre fin au cercle vicieux des épidémies de choléra dans le pays.

C’est pourquoi il est nécessaire d’adopter une approche multisectorielle reposant sur « la santé dans toutes les politiques ». Il est certes important de promouvoir l’hygiène en général, mais des logements surpeuplés et insalubres offrent des conditions propices au développement de la bactérie du choléra. D’après la fiche de synthèse de l’OMS sur le choléra, il y a chaque année entre 1,3 et 4 millions de cas de choléra, et 21.000 à 143.000 décès dus à cette infection à travers le monde. L’accès à l’eau potable pour tous, à un logement décent et à un assainissement satisfaisant permettrait de réduire considérablement ces chiffres.

Au Kenya, 37% de la population s’approvisionnent toujours en eau dans les mares, des puits peu profonds et les rivières, et 70% des personnes vivent avec un mode d’assainissement rudimentaire. Il est urgent de réaliser des investissements publics de grande ampleur dans ces déterminants sociaux afin de limiter les épidémies de choléra, en particulier, et de défendre le droit à la santé des Kenyans les plus pauvres.

Le gouvernement doit également encourager un esprit de partenariat et de coopération avec les personnels de santé, ce qui est primordial pour les interventions de santé publique visant à mettre fin à l’épidémie. Jusqu’à présent, le gouvernement a traité les personnels de santé avec mépris, en bafouant à maintes reprises les conventions collectives, et en restant sourd aux actions revendicatives des travailleurs au sujet de différends liés aux droits, eux-mêmes provoqués par l’attitude méprisante du gouvernement à l’égard du dialogue social.

Ce comportement était déjà visible dans la manière d’être du gouvernement avec les médecins pendant les cent jours de grève du début de l’année en soutien à une convention collective de 2013. Le même problème se produit actuellement avec la grève générale du syndicat d’infirmières Kenyan National Union of Nurses concernant un litige sur les droits. Mais l’élimination du choléra au Kenya et la réalisation de l’objectif de soins de santé universels nécessitent une action de toutes les parties concernées, dans un climat de respect mutuel et de sincérité fondé sur les processus et les mécanismes du dialogue social.

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