Naufrages de migrant(e)s en Méditerranée : c'est aux causes fondamentales qu'il faut remédier

22 Avril 2015
migrant refugees near Lampedusa, Italy
Le 19 avril, dans le sillage des drames de grande envergure qui se succèdent en Méditerranée, un chalutier transportant des migrant(e)s tentant d'atteindre l'Europe a chaviré non loin des côtes libyennes et du sud de l'île italienne de Lampedusa.

Selon les Nations Unies, au moins 800 personnes auraient perdu la vie dans cette catastrophe. Des enfants âgés entre 10 et 12 ans figuraient également au nombre des personnes décédées. A l'heure actuelle, il s'agit de la pire tragédie s'étant jamais produite en mer Méditerranée. Le bateau aurait pris la mer avec 950 personnes à son bord, dont de nombreux Syriens, Erythréens et Somaliens, parmi d'autres nationalités.

Au même moment, une embarcation de fortune en bois, transportant plus de 80 personnes, est venue s'échouer sur les côtes de l'île de Rhodes, en mer Egée. Les autorités grecques ont fait état de 3 morts, dont un enfant.

Ces catastrophes sont survenues à peine quelques jours après le naufrage de 400 migrant(e)s, la semaine passée, dans un accident similaire. On estime que depuis le début de l'année 2015, au moins 1 500 migrant(e)s auraient perdu la vie en Méditerranée.

« L'Europe est en proie à une véritable crise migratoire. Cependant, les gouvernements de l'Union européenne refusent d'affronter le problème, et ne prennent aucune mesure efficace pour répondre de façon collective et complète à ce fléau », a déclaré Rosa Pavanelli, la Secrétaire générale de l'Internationale des Services Publics (ISP), une fédération syndicale internationale représentant les travailleurs/euses des services publics. « Les migrant(e)s affluent parce qu'ils/elles fuient la persécution, le conflit et la pauvreté. Ils/Elles n'ont plus aucun espoir de survivre dans leur pays d'origine, c'est pourquoi ils/elles entreprennent un périple dangereux jusqu'aux frontières de l'Europe. C'est un appel à l'aide auquel les dirigeants nationaux font la sourde oreille », a-t-elle ajouté. « Au lieu de reconnaître les conditions économiques et sociales difficiles dans les pays d'origine de ces migrant(e)s, et d'investir dans des politiques sociales permettant de remédier aux causes fondamentales de ce problème, les gouvernements des pays d'accueil réagissent une fois encore par des mesures de sécurité et des opérations militaires ciblant la migration et l'asile politique », a-t-elle souligné.

Et la Secrétaire générale de l'ISP d'ajouter : « Il est inacceptable que l'Union européenne recoure à des accords bilatéraux en vue de prévenir les flux migratoires en provenance d'Afrique, notamment lorsque de tels accords sont signés avec des dictateurs, comme cela s'est passé il y a 5 ans avec la Libye, ou comme cela risque d'être de nouveau le cas avec l'Erythrée ».

Depuis de nombreuses années, l'ISP plaide en faveur d'une bonne gouvernance, d'emplois décents, du commerce équitable, d'une justice fiscale, et d'un accès à des services publics de qualité pour tous, de façon à ce que la migration devienne un choix, et non le seul recours possible. L'organisation travaille également en collaboration avec ses affiliés afin de renforcer la capacité des travailleurs/euses du secteur public, qui sont les premiers à offrir leurs services aux migrant(e)s.

Ce lundi, les gouvernements de l'Union européenne se sont réunis en urgence au Luxembourg et ont décidé de lancer des interventions militaires afin de lutter contre les filières de trafiquants en Libye, jugés responsables du trafic de migrant(e)s en Méditerranée. Les ministres ont également convenu d'élargir l'opération Frontex, l'agence de l'Union européenne en charge du contrôle et de la surveillance des frontières.

« Il relève de la responsabilité humanitaire de l'Union européenne de sauver la vie des personnes qui fuient la guerre et la pauvreté. Le mouvement syndical européen s'oppose aux mesures de sécurité seules, prises pour enrayer les flux migratoires récurrents vers l'Europe et la crise de l'asile. L'an dernier, nous avons mis en garde les gouvernements et les institutions de l'UE vis-à-vis de l'abandon de l'opération Mare Nostrum, le programme de missions de recherche et de sauvetage en Méditerranée. Tant que les gouvernements ne prendront pas des mesures audacieuses et n'adopteront pas une approche complète en la matière, ces tragédies continueront de se produire », a déclaré Jan Willem Goudriaan, Secrétaire général de la Fédération Syndicale européenne des Services Publics (FSESP), l'organisation européenne de l'ISP. Et de conclure : « La réunion extraordinaire du Conseil européen, qui se tiendra le jeudi 23 avril, devra déboucher sur un programme de protection international, doté de mesures d'urgence primant sur les règlementations en vigueur relatives à l'asile au sein de l'UE, dont les Conventions de Dublin ».

Voir aussi