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Lutter pour une assurance santé nationale en Afrique du Sud

10 Janvier 2019
Les 29-30 août 2018, le bureau sous-régional de l'ISP, situé en Afrique du Sud, a accueilli une conférence baptisée « Towards a People’s National Health Insurance » (Vers une assurance santé nationale pour le peuple ». Cette conférence est née d'une initiative des jeunes travailleurs/euses de l'ISP et a rassemblé environ 27 syndicats, des organisations de la société civile et des universitaires progressistes qui ont débattu sur l'assurance santé nationale (NHI) et l'ont défendue.

L'objectif principal de la conférence était de former des alliances avec d'autres organisations de la société civile qui agissent en faveur de la justice sociale, afin de soutenir une politique de santé nationale qui garantisse un accès universel à des soins de qualité.

En juin 2018, le ministère sud-africain de la Santé a publié la loi sur le NHI qui reflète l'intention du gouvernement de créer un fonds d'assurance santé national qui jouerait le rôle d'acheteur public unique et de financeur des services de santé, mais aussi des organismes officiels qui y sont affiliés afin d'administrer le NIH en Afrique du Sud. Le Bureau sous-régional pour l’Afrique australe a accueilli cette loi avec un optimisme réservé et a fait part de ses commentaires sur la façon dont la loi, dans sa formulation actuelle, instaure des différences de classes et des discriminations au lieu de créer un cadre pour un accès à la santé qui soit égalitaire pour tous.

Dans l'économie de marché, la santé est devenue un produit. Une enquête récente menée sur le système de santé sud-africain a mis en lumière de fortes inégalités entre les prestations privées et publiques de services de santé. Une part privilégiée, représentant 16 % de la population, a accès à l'assurance médicale et est soignée par 70 % des médecins du pays dans le secteur privé, avec des capacités excédentaires en nombre de lits. Par opposition, le système public se débat avec un manque catastrophique de lits, d'équipements, de médicaments et de personnels.La Secrétaire générale de l'ISP, Rosa Pavanelli, a ouvert la conférence et y a présenté la campagne pour le droit à la santé, lancée par l'ISP. Elle a évoqué l'importance d'un système d'imposition progressif et de la nécessité de mettre fin aux exonérations et incitations fiscales accordées aux entreprises, afin de financer le NHI et d'investir dans des infrastructures publiques. Ces points sont particulièrement pertinents dans la mesure où la loi sur le NIH s'accompagne de textes législatifs qui sapent les principes de soins de santé universels, de même que la notion d'un ensemble d'avantages uniques et égaux pour tous.

Le modèle de transition, proposé par le gouvernement pour une instauration complète du NIH, impose aussi des programmes de mesures d'aide médicale aux employé-e-s du secteur formel, jetant ainsi une bouée de sauvetage à ces programmes d'aides médicales. De plus, l'amendement sur les programmes d'aide médicale aligne les programmes sur le NIH. Voici un exemple de la façon dont le secteur privé utilise le lobbying pour influer sur la politique du gouvernement.

Au cours d'un débat sur les droits des migrant-e-s, il a été décidé que le NIH devait s'en tenir à l'option initiale décrite dans le livre blanc, qui assurait aux migrant-e-s un plein accès à l'ensemble des avantages du NHI. Dans le projet de loi actuel, les migrant-e-s sans papiers n'ont aucun droit d'accès, pas même aux soins d'urgence. 

On constate aussi des inégalités dans la réponse apportée aux besoins ruraux et urbains : la santé rurale a besoin d'une réorganisation urgente car une mauvaise administration, la corruption, le manque d'effectifs et les financements insuffisants ont diminué sa capacité à fournir des services performants. Le fonds pour le NIH n'achètera des services de santé qu'aux prestataires qui respecteront les critères fixés par le Bureau national de la conformité aux normes (OHSC).

Or, cette mesure va favoriser les inégalités en matière de santé puisque très peu d'établissements de santé publics sont capables de remplir ces critères en raison du sous-financement qu'elles ont subi depuis des années. Autrement dit, le NHI est plus susceptible de commander des services à des prestataires privés, donc de creuser les inégalités dans le système. Malheureusement, la loi reste silencieuse sur la façon dont les services vont être améliorés dans les zones les plus marginalisées.

L'ISP et ses affiliés appellent à plus de responsabilité et de transparence, à intégrer des représentant-e-s des travailleurs/euses et de la société civile dans les différents comités décisionnaires des institutions et organismes qui ont été créés, afin que les intérêts du peuple, qui est censé utiliser les fonds, reflètent bien le terrain et non un savoir présumé. C'est un domaine dans lequel la voix des travailleurs/euses et de la communauté est essentielle.

Voici les préconisations faites par l'ISP au sujet de la loi :

  1. Les programmes d'aide médicale doivent être indépendants du NHI. Le fonds du NHI doit être un système de taxation unique qui achète l'ensemble des services pour tous les usagers du NHI, quelle que soit leur classe sociale, leur origine, leur genre, leur sexualité et leur nationalité ;
  2. Le comité de direction du fonds du NHI doit répondre davantage de ses actes et être soumis à des mécanismes de contrôle ;
  3. Le ministère doit stopper immédiatement la mise en œuvre et la promotion des arrangements financiers de transition ;
  4. Les investissements dans les soins de santé publics doivent être renforcés ;
  5. Les travailleurs/euses de la santé doivent obtenir de meilleures conditions de travail et de meilleurs emplois.

L'internationale des Services Publics doit continuer à collaborer avec les syndicats et les associations de la société civile pour faire émerger un système de santé publique qui garantit un accès universel à des soins de qualité en Afrique du Sud. Le bureau sous-régional de l'ISP pour l’Afrique australe se prépare à jouer le rôle de catalyseur dans les campagnes et actions conjointes afin de défendre la qualité et l'égalité en matière de santé.

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