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Liberia: les droits syndicaux menacés

30 Août 2016
Des employé(e)s des services de santé au Libéria, parmi lesquels George Poe (à gauche) et Martha C. Morris (tout à droite)
Le Liberia, qui a un ratio 3 médecins pour 10 000 contre un ratio acceptable de 41 pour 10 000 selon l’OIT, a été le troisième pays du bassin du fleuve Mano à être touché par la crise Ebola et il est le plus gravement affecté avec plus de 4 800 morts et 10 672 personnes infectées.
[Article extrait de la publication "Les priorités de l’ISP dans le domaine de la santé et la réponse syndicale à la maladie à virus Ebola"]

Le Liberia, qui a un ratio 3 médecins pour 10 000 contre un ratio acceptable de 41 pour 10 000 selon l’OIT, a été le troisième pays du bassin du fleuve Mano à être touché par la crise Ebola et il est le plus gravement affecté avec plus de 4 800 morts et 10 672 personnes infectées. Selon l’OMS, au plus fort de la transmission, entre août et septembre, le Liberia signalait entre 300 et 400 nouveaux cas toutes les semaines.

Au Liberia, le secteur de la santé se remettait de plusieurs années de guerre civile au moment où Ébola a fait son apparition dans le pays. Alors que le secteur manquait déjà cruellement de ressources, des milliers d’agents de santé ont continué à travailler pendant des années en tant que volontaires ou étaient très mal payés. On a rapidement compris que les agents de santé étaient les plus fortement touchés et ont pâti des mauvaises conditions de travail, du système inadéquat et de l’absence de protection. Le gouvernement et d’autres parties prenantes ont ignoré l’appel des syndicats revendiquant une protection, de meilleures conditions de travail et des incitations/primes, afin de motiver le personnel à poursuivre son travail dans un environnement aussi dangereux.

Le gouvernement libérien ne disposait d’aucune politique sur la protection des prestataires de services de santé. Ces dix dernières années, aucun agent de santé public n’a été vacciné contre une maladie et aucune division de l’inspection du travail n’a été mise en place dans les lieux de travail. Ébola n’a en rien aidé à changer cet état de fait.

Dans les trois pays, face à l’inaction du gouvernement, les syndicats sont montés au créneau. En Sierra Leone par exemple, ils ont appelé les agents de santé à ne pas traiter les patient(e)s si les mesures de protection n’étaient pas assurées, l’idée étant de ralentir le taux de décès du personnel de santé.

Au Liberia, des manifestations ont été organisées par les deux syndicats des agents de santé, l’Association libérienne des agents de santé (NAHWAL) et le Syndicat national des agents de santé du secteur privé (NPSHWUL). Bien que NAHWAL représente officiellement les agents de santé dans le secteur public, elle n’est pas reconnue en tant que syndicat puisque le gouvernement libérien, bien qu’ayant signé la Convention de l’OIT sur le droit syndical, interdit aux fonctionnaires de s’organiser en syndicat.

Bien qu’ayant suivi la procédure requise et s’étant acquittée des taxes d’enregistrement en tant que syndicat pendant deux ans d’affilée, NAHWAL n’a pas pu obtenir son récépissé. Le ministre du Travail n’a jamais expliqué son refus, ni donné suite à la demande écrite. Ce refus a eu d’énormes conséquences, notamment le déni du droit à la négociation sociale et du droit de percevoir les frais d’adhésion.

En février 2014, étant donné que le gouvernement n’a pas honoré les engagements pris lors des négociations précédentes, les agents de santé ont observé une grève au niveau national. Le gouvernement a réagi en recrutant des étudiant(e)s non diplômés à qui il a promis le triple du salaire normal. La plupart n’ont même pas été payés.

22 représentant(e)s syndicaux nationaux ont été licenciés sans être entendus par le ministre libérien de la Santé. Suite à une intervention de presque toutes les parties prenantes, 20 d’entre eux ont été rappelés. Joseph S. Tamba et George Poe Williams, le Président et le Secrétaire général de NAHWAL, n’ont toujours été rétablis dans leurs fonctions à ce jour. Leurs comptes ont été gelés depuis mai 2015.

Le chef de section du Comté de Bong, Martha C. Morris, une éminente responsable de NAHWAL, figurait au nombre des 22 représentant(e)s de NAHWAL licenciés. Elle a finalement été rappelée mais son nom a été retiré du registre du personnel pendant huit mois. Martha, une assistante dentaire et chef de département, a réussi à plaider en faveur de la création d’une unité de traitement Ébola dans le Comté Bong. Sous sa coordination et grâce à un fort plaidoyer, la division NAHWAL dans le district Bong est devenue le bastion de l’association. Elle s’est indignée contre les conditions de travail et les salaires payés au personnel de l’ETU et depuis lors ses 8 mois de salaire sont restés impayés.

Le représentant NAHWAL du Comté River Cess, Borris Grupee, a été affecté de Cesto City dans un village isolé afin de l’empêcher de superviser les activités de NAHWAL dans ce Comté. Plusieurs autres représentant(e)s syndicaux et membres actifs ont été menacés de la même façon à travers le pays.

Par ailleurs, d’autres syndicats étaient ciblés : le Président et le Secrétaire général du syndicat des travailleurs et travailleuses de l’aéroport international (RIAWU) ont été licenciés et la convention collective signée entre les partenaires sociaux a été suspendue.

En octobre 2014, quand les agents de santé réclamant des indemnités de risque et des équipements de protection individuelle ont fait grève, le gouvernement une fois encore a fait appel à des sans-emploi, dont certain(e)s n’étaient pas même des professionnels de la santé. Le gouvernement a aussi menacé de licencier les absent(e)s.

La situation actuelle

Fort heureusement, la communauté internationale a accordé une aide financière, logistique et en ressources humaines aux 3 pays touchés par Ébola. À la fin de la crise, des équipements de lutte contre l’infection et de prévention ont été mis à disposition. La disponibilité de ces équipements doit être maintenue afin d’éviter que cette situation de décès massifs d’agents de santé et d’autres citoyen(ne)s ne se reproduise à l’avenir. Le personnel de santé a encore besoin d’être formé et recyclé par l’OMS et par d’autres partenaires sur la lutte contre Ébola, afin d’être paré à riposter à tout moment.

Le gouvernement poursuit ses pratiques de répression et les syndicats de la santé ont été écartés de la table des négociations avec le gouvernement, ce dernier continuant de menacer les dirigeant(e)s syndicaux de licenciement et d’intimider les travailleurs et travailleuses qui ne bénéficient d’aucune sécurité de l’emploi et préfèrent dès lors conserver leur emploi, même insuffisamment rémunéré, dans un pays où le chômage est largement présent. Par ailleurs, nombre de syndiqué(e)s craignent de s’identifier à un syndicat et refusent de prendre part aux réunions, et encore moins de soutenir les activités syndicales. Cet état de fait a considérablement affaibli le mouvement syndical, d’où la nécessité de renforcer les capacités des syndicats et de leur donner les moyens d’agir. Il convient en outre d’organiser une campagne en vue d’amener le gouvernement actuel au Liberia à respecter les conventions de l’OIT sur le droit d’association et les droits syndicaux.

SOUTENEZ LES TRAVAILLEURS/EUSES DU LIBERIA ! – REJOIGNEZ LA CAMPAGNE LABOURSTART

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