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Liberia : il faut ranimer le système de santé de toute urgence

11 Avril 2018
George Poe Williams
Lors d’une discussion avec l’ISP, George Poe Williams, le Secrétaire général du NAHWUL, Liberia, a fait part de sa profonde frustration face à la situation de son pays, mais il a déclaré garder espoir pour l’avenir, avec le nouveau gouvernement du Président George Weah, qui a récemment rencontré les syndicats du secteur de la santé, comme l’a déjà signalé l’ISP. Voici des extraits de la discussion.

ISP : George, à votre avis, comment s’explique la situation actuelle des services publics au Liberia ?

GPW : Depuis la guerre civile du Liberia, les infrastructures luttent pour se remettre sur pied. La santé, l’éducation, le réseau routier, l’énergie, l’eau, l’agriculture, etc. ont énormément souffert pendant ces 14 ans de guerre absurde ! Les personnes dont l’idéologie était de s’emparer du pouvoir à des fins d’épanouissement personnel dans cette nation sous-développée d’Afrique de l’Ouest – et qui ont mené une guerre qui a fait 250.000 morts – étaient les mêmes, jusqu’à il y a peu, que celles qui ont été élues au pouvoir depuis la fin de la guerre en 2003.

ISP : Mais voyez-vous des améliorations se profiler à l’horizon ?

GPW : Les bailleurs de fonds internationaux et les partenaires bilatéraux font des efforts désespérés pour aider notre pays ravagé par la guerre à retrouver ses services sociaux de base et améliorer les sources de revenus de ses citoyen(ne)s, qui sont parmi les plus pauvres du monde. Malgré l’aide des donateurs, notamment au cours des 12 dernières années, les services sociaux ont évolué, mais n’ont toujours pas atteint un niveau satisfaisant. L’ancien Vice-président, l’Ambassadeur Joseph Boikai, a résumé la situation en quelques mots : « Nous (le gouvernement) avons eu de nombreuses opportunités, mais nous les avons toutes laissées passer ».

ISP : Pouvez-vous nous parler des problèmes concrets que le secteur de la santé du Liberia rencontre actuellement ?

GPW : Après toutes ces opportunités manquées, il reste un système de santé moribond qu’il faut ranimer de toute urgence. En effet, en raison du manque de spécialistes et de matériel, presque tou(te)s les patient(e)s qui ont besoin d’un traitement spécifique sont envoyés à l’étranger s’ils en ont les moyens, ou livrés à leur sort s’ils ne peuvent pas payer. C’est un système qui n’a pas pu faire face au virus Ebola ni à la méningite, et qui est débordé par la malaria et la gale ! Un système sans matériel adapté pour établir des diagnostics, qui manque constamment de médicaments pour ses patient(e)s, et de réactifs pour les recherches en laboratoire. Un système qui n’a pas assez de lits par rapport au nombre d’admissions quotidiennes, sans eau courante et généralement sans électricité. Un système sans réseau planifié d’ambulances, qui est perpétuellement à court de matériel de protection pour les personnels de santé. Un système dans lequel les employé(e)s de santé, qui sont traités comme des marchandises non réutilisables, n’ont pas participé aux décisions qui les concernaient, et dans lequel le gouvernement n’a pas tenu compte de nos points de vue ; un système dont le personnel contracte des maladies au travail et meurt tout seul dans son coin ! Les souvenirs de la crise d’Ebola de 2014 sont un cauchemar avec lequel nous devront vivre toute notre vie, nous, les personnels de santé du Liberia.

ISP : Mais nous avons lu des rapports indiquant que le gouvernement du Liberia a mis au point un plan d’investissement pour « Créer un système de santé résilient ». Avez-vous des commentaires à faire à ce sujet ?

GPW : La réalité que j’ai décrite ne peut certainement pas nous permettre de qualifier le système de santé du Liberia de « résilient » ni quoi que ce soit qui s’en approche. Il va sans dire que la politique « Créer un secteur de la santé résilient », à laquelle on a donné trop d’importance, n’est que de la poudre aux yeux. Des unités spéciales ont été construites autour de nombreuses infrastructures après la crise d’Ebola, des formations ont été mises en place pour les personnels de santé, et il restait des équipements de protection individuelle suite à la crise d’Ebola. Mais tous ces éléments sont nettement en dessous du minimum requis pour qu’un système de santé soit opérationnel. Le nouveau gouvernement doit admettre que ces difficultés sont urgentes et il doit prendre les mesures nécessaires pour résoudre les problèmes et commencer réellement à « Créer un système de santé résilient ».

ISP : Comment voyez-vous l’avenir ?

GPW : Nous reconnaissons que le gouvernement de George Weah a hérité d’un système dégradé mais, d’après les syndicats de travailleurs/euses, si le secteur de la santé est considéré comme une priorité et si on lui donne la volonté politique et le courage de lutter contre la corruption, en collaboration avec ses partenaires, il est tout à fait possible de ranimer le système. Heureusement, le gouvernement de Weah, bien qu’il soit encore trop tôt pour le juger, semble être plus à l’écoute des préoccupations des travailleurs/euses.

ISP : Merci

Cet article est extrait de Bulletin d’information « Droit à la Santé », numéro 04 (avril/mai 2018). Abonnez-vous au bulletin. Envoyez-nous vos articles.


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