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Libéria : bâtir un système de santé solide sur une infrastructure fragile ?

10 Avril 2017
George Poe Williams, General secretary of NAHWAL, Liberia
À la fin de la crise Ébola dans le bassin du Mano, le gouvernement libérien a déclaré s'engager dans la mise en place d'un système solide de services de santé. Mais comme la direction du système elle-même n'a jamais été restructurée, les professionnels du secteur savaient que les choses continueraient sur leur lancée. Les craintes du National Health Workers' Association of Liberia (NAHWAL) se sont confirmées.

 C'est ce sur quoi le docteur Bernice Dahn a misé pour gagner des soutiens afin d'accéder au poste de ministre de la Santé. À l'époque pourtant, les personnels de santé du secteur public n'ont pas manqué de rappeler le rôle de responsable des services de santé qu'elle a occupé pendant neuf ans au sein d'un système de santé en pleine dérive, son manque de compétences en management et son absence de rapports avec les professionnels de santé.

On pourrait penser qu'avec la terrible expérience de l'épidémie d'Ébola, le gouvernement libérien aurait commencé à faire différemment afin de ressusciter et redynamiser un système de santé sous-financé et mal géré. Mais comme la direction du système elle-même n'a jamais été restructurée, les professionnels du secteur savaient que les choses continueraient sur leur lancée. Les craintes du National Health Workers' Association of Liberia (NAHWAL) se sont confirmées.

Selon le quotidien Parrot, qui parait à Monrovia (vol. 5 no. 311 du vendredi 20 janvier 2017), le rapport annuel 2016 du ministère de la Santé révèle une liste déconcertante de manquements : pénurie d'électricité, eau insalubre et scores faibles à l'indice de Capacité opérationnelle générale des services  (GRS) de diagnostics, auxquels s'ajoutent une disponibilité insuffisante de médicaments essentiels et d'équipements de base.

Il y est dit que ces lacunes touchent une grande partie du pays, à tous les niveaux du système de santé. Dans les faits, plusieurs patients, y compris des professionnels de la médecine, sont morts par manque d'alimentation en oxygène dans des salles d'urgence ou des unités de soins intensifs (USI).

Cette surprenante confirmation du ministère de la Santé valide ce que les travailleurs/euses expriment depuis des années par la voix de leur syndicat, NAHWAL, dont les responsables sont pris pour victimes. On ne peut que s'étonner de voir que la première réaction est de punir ces responsables clairvoyants, qui dénoncent ces obstacles depuis longtemps. Maintenant que le gouvernement admet ces manquements, comment justifier les actions draconiennes prises à leur encontre pour avoir parlé de ces pénuries aigues ?

NAHWAL continue de pointer les mauvaises conditions de travail des professionnels de santé, par exemple leur longues heures de service (parfois jusqu'à 12 heures d'affilé) et les effectifs limités dans les services. Parmi les autres problèmes à résoudre, citons le refus des congés annuels pour de nombreux professionnels en santé publique, des milliers de personnes travaillant comme « bénévoles » sans être payés, l'absence de sécurité sociale pour les professionnels de santé, d'énormes disparités salariales, aucune médecine du travail ni aucun comité de sécurité en place, aucune mesure d'incitation pour les professionnels qui sont les piliers d'un système de santé solide.

À en juger par l'affaire révélée par Parrot, deux choses ressortent clairement :

  1. l'ambition qu'a le Libéria de créer un système de santé solide est fragilisée ; et
  2. les professionnels de santé paieront à nouveau de leur vie si une autre épidémie du type Ébola devait refaire surface dans le pays.

NAHWAL appelle le monde à ouvrir les yeux sur ce système de santé fragile, dans le but de renforcer ses infrastructures de base.

Cet article est extrait de Bulletin d’information « Droit à la Santé », numéro 01/2017. Abonnez-vous au bulletin. Envoyez-nous vos articles.

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