Le syndicat de travailleuses et travailleurs publics de la ville de Mexico a fait une avancée historique dans la Constitution de la Capitale fédérale dans le domaine du droit du travail et de la protection des services publics

30 Mai 2017
City of Mexico

Le 5 février 2017, le gouvernement de Mexico, une des villes les plus grandes et les plus peuplées du monde et capitale de l’État fédéral de Mexico, a promulgué sa première Constitution qui entrera en vigueur le 17 septembre 2018.

C'est le résultat d'un processus législatif de l'Assemblée constitutive qui aura duré 4 mois et demi, ce qui est assez rare pour une ville, et qui couvre tous les droits de l'homme de tous les habitants de la Capitale fédérale. Le syndicat unique de travailleuses et travailleurs du gouvernement de la ville de Mexico (SUTGCDMX), affilié à l'ISP et Membre du réseau mondial des travailleuses et travailleurs des gouvernements locaux et régionaux de l'ISP a été un acteur essentiel qui a donné une grande impulsion au mouvement menant à la création de l'Assemblée constituante de la ville de Mexico et qui a donné lieu à l'intégration, dans le texte final, d'avancées importantes en faveur des travailleuses et travailleurs de la capitale fédérale et du mouvement syndical public et municipal. Juan Ayala Rivero, le président du SUTGCDMX, devenu membre suite à un vote populaire a participé à l'Assemblée Constituante.

L'ISP a rencontré Juan Ayala Ribero pour discuter des processus et des avancées importantes réalisées.

 

Juan Ayala Ribero a mis l'accent sur les avancées faites en faveur des travailleuses et travailleurs et du mouvement syndical public et municipal obtenus par le SUTGCDMX dans le texte final de la Première Constitution de la ville de Mexico.

ISP : Quelles sont les plus importantes avancées que vous vouliez intégrer à la Constitution et dont vont bénéficier les travailleuses et les travailleurs ?

JAR : Notre organisation syndicale a participé activement au processus constitutionnel et nous sommes membres de l'assemblée constituante suite à un vote populaire et avec la participation des travailleuses et travailleurs. Cela nous permet d'apporter un grand nombre des prestations que nous avions inclues dans les conventions collectives négociées avec le gouvernement local à l'intérieur de la Constitution et de les faire passer d'une loi tertiaire (de conventions collectives) à une loi primaire (constitutionnelle) qui est de nature obligatoire. Dans le texte, les termes travailleuses et travailleurs désignent les ouvriers, les agriculteurs, les non -salariés, les travailleurs du domaine informel, les travailleurs des emplois externalisés, des emplois publics et autonomes; tous sont répertoriés sous cette nouvelle Constitution qui est justiciable, exigible et punissable par la Cour Constitutionnelle. Parmi les effets, il y a l'octroi à un congé maternité pour les travailleuses qui désormais, selon la nouvelle constitution, peuvent bénéficier de 4 mois et demi supplémentaires par rapport au 3 mois prévus par la loi fédérale tout en recevant la totalité de leur salaire durant ces 7 mois et demie.

Cela permet aux femmes qui travaillent de prendre le temps et le repos nécessaire pour materner de manière naturelle, une pratique scientifiquement reconnue comme mesure de protection et de prévention importante des maladies infantiles grâce au lait maternel. Deuxièmement, cette durée est fondamentale parce qu'elle permet le rapprochement entre la mère et l'enfant. Troisièmement, à la fin de son congé, lorsque la mère doit laisser l'enfant et retourner au travail, l'enfant qui devrait alors marcher, ira à la garderie et sera plus serein et plus stable. Depuis deux ans, les nouvelles conventions collectives ont permis à plus de 15000 travailleuses de bénéficier de ces prestations désormais garanties de manière constitutionnelle à toutes les travailleuses de Mexico. De plus, une prestation garantit aux pères un congé paternité pouvant aller jusqu'à un mois afin qu'ils prennent pleinement part à la naissance et ils bénéficient de dix jours supplémentaires en cas de maladie de l'enfant.

Pour les travailleurs non-salariés (qui n'ont pas de salaire fixe et demandent des pourboires) et ceux mentionnés par la Constitution et qui rentrent dans une catégorie qui facilite leur officialisation afin d'accéder à la sécurité sociale même si nous ne pouvons leur garantir un droit à une pension d'ancienneté comme c'est le cas pour les travailleurs du secteur informel, à cause de  la ferme opposition de la part des parties officielles.

De plus, le Docteur Miguel Angel Manzera, le chef du gouvernement de la ville de Mexico veut établir dans la nouvelle Constitution un salaire minimal de 82,86 pesos par jour applicable à tous les travailleurs des secteurs publics et privés de la ville de Mexico. Nous sommes en faveur d'un salaire non pas minimal mais vital et plus élevé et nous démontrons que cela ne causerait pas une inflation comme beaucoup le pensent. Une des corporations patronales, Coparmex, a proposé la somme de 89,10 et les autres organisations patronales s'y sont opposées. La plus grosse opposition à ce salaire minimum ne vient pas des entrepreneurs du gouvernement fédéral de Mexico qui ont fixé un plafond de 70,10 pesos par mois. La poussée du mouvement syndical municipal est donc fondamentale afin de dépasser le niveau local et régional et d'accéder au niveau national.

Nous voulons également inclure des clauses d'exclusion de toute forme de privatisation des services publics, qui se reconnaissent comme appartenant à tous les citoyens. Ainsi, toute participation de capital privé ou toute privatisation via des alliances publiques-privées et tout accord commercial de type TISA ou TPP ont été exclus. L'eau est un droit auquel on ne peut renoncer, non négociable et la ville de Mexico doit garantir de l'eau pour tous ses habitants.

Nous sommes en train de travailler sur une hiérarchie virtuelle et adaptable afin de remonter le salaire des travailleurs municipaux aux faibles revenus. Nous allons faire une évaluation sur 10365 collègues qui recevront une augmentation de 15% à 20% de plus que leur salaire ce qui bénéficierait à 34000 travailleuses ou travailleurs en une seule action.

 

ISP : Quelles stratégies avez-vous adopté pour arriver à ces avancées?

JAR : La vérité, c'est qu'il s'agit d'un travail constant de toute une organisation qui s'est mobilisée et qui vise à changer une forme de faire un syndicalisme. Nous avons établi un dialogue constructif avec le gouvernement de la ville de Mexico et son chef, le Docteur Miguel Angel Manzera lors des négociations des conventions collectives du secteur public municipal et nous avons été plus démonstratifs afin de prouver de manière concrète que toute la ville, à la fois les parties sociales et communales, et non uniquement les travailleurs, tirerait des avantages d'une hausse des outils sociaux et de travail à un niveau constitutionnel et que cela aiderait à faire de la capitale fédérale une ville plus juste et inclusive. Le travail que nous avons mené avec l’ISP, ses directives et le fait d'avoir compris les défis des syndicats publics du monde entier dans ses forums ont été des éléments très utiles pour développer nos propositions concrètes, les formuler et les adapter à notre réalité locale et les négocier dans nos Conventions et à l'Assemblée Constituante. Nous nous intéressons beaucoup à la vague de privatisation des services essentiels qui a lieu dans de nombreux pays qui sont traditionnellement des exemples de défense et de promotion des services publics, surtout en Europe.

Il ne faut pas oublier que la ville de Mexico n'est qu'une partie du pays et regroupe 24 millions d'habitants sur les 122 millions au niveau national. Il y a beaucoup de résistance de la part de l’État fédéral de Mexico qui n'est pas favorable à ce que les autres villes et districts mexicains sortent de son contrôle politique.

 

ISP : Comment allez-vous financer toutes ces prestations, quels accords et quels compromis ont été faits par le gouvernement de la ville de Mexico ?

JAR : Il ne nous semblerait incorrect et anti-démocratique que les prestations octroyées aux travailleurs sous la nouvelle constitution soient financées via une hausse des impôts. Cependant, nous reprenons possession de différentes ressources mises à la disposition des travailleurs mais qui étaient cachées et non utilisées. Nous avons fait une analyse au préalable et en interne du budget public de la ville et nous avons élaboré une analyse conjointement avec le gouvernement. Nous sommes en train de faire des réajustements dans la partie financière, en l'optimisant et en faisant la promotion d'une bonne gestion des ressources de notre propre organisation syndicale.


ISP: Beaucoup de syndicats de gouvernements locaux et régionaux/municipaux dans le monde luttent au quotidien pour réussir à appliquer les droits fondamentaux du travail, être reconnus par les autorités publiques et ouvrir des négociations. Quelles seront vos recommandations pour qu'ils y parviennent?

JAR : J'en ai deux. Premièrement, il faut garder en tête que parfois les syndicats nous contactent dans l'idée de pouvoir appuyer un gouvernement de manière indéfinie et, lorsque ce gouvernement se retire et un autre arrive, il y a presque toujours un accident. Cela ne peut pas se faire sur du long terme parce que tous les gouvernements vont et viennent et suivent les cycles politiques. Nous saluons les gouvernements qui travaillent avec nous mais nous ne les épousons pas. C'est pourquoi nous croyons qu'il est important de profiter des bons moments afin de donner de la verticalité aux droits, les garantir et les cristalliser sur le long terme comme ici, où on les élève niveau constitutionnel, afin qu'ils ne soient plus soumis à la variation des orientations politiques du gouvernement à venir. De plus, il est fondamental pour le syndicat et les travailleurs d'assumer le rôle de gardiens de l'accomplissement des engagements et de garants de la Constitution.

Deuxièmement, il me paraît fondamental qu'en tant qu'organisations syndicales nous ne soyons pas paternalistes mais que nous gardions un contact direct avec les autres membres de base de manière journalière et constante que nous le maintenions avec un débat participatif, avec la promotion et la formation du leadership, surtout du leadership féminin, afin qu'ils et elles soient les acteurs principaux du changement. Notre direction ne se terre pas dans son bureau mais va sur le terrain, au coude à coude avec les travailleuses et les travailleurs, là où se trouvent les problèmes. Informer les travailleuses et les travailleurs ainsi que l'opinion public le plus largement possible afin de renforcer la base et démocratiser le pouvoir est également une responsabilité fondamentale du syndicat.  Comme nous sommes des êtres humains nous pouvons nous tromper mais plus nous sommes au plus près des travailleuses et des travailleurs plus nous pouvons nous corriger et faire les arrangements nécessaires afin d'améliorer notre travail syndical et nous approcher des objectifs que nous voulons atteindre de manière collective.

 

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Article préparé avec l'aide du SUTGCDMX

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