23 juin - Vous voulez financer de meilleurs services publics ? Mettez fin à l’évasion fiscale

26 Juin 2017
Depuis des décennies on nous dit qu’il n’y a simplement pas assez d’argent disponible pour financer correctement les services publics. Il est de notre devoir de contester cela.

* L'article a été publié initialement dans The Guardian

Mettre fin à l’évasion fiscale des sociétés afin de financer les services publics est à la fois nécessaire et populaire. Les élites mondiales bénéficient du mythe selon lequel nous ne pouvons pas nous permettre d’avoir des services publics de qualités. Ils ont mis beaucoup d’effort afin de conserver loin du public la vérité au regard de la fraude et de l’évasion fiscale. Il est de notre devoir de contester cela.

C’est pourquoi pour la journée du service public de l’ONU le 23 juin, l’Internationale des Services Publics, nos affiliés, l’Alliance Mondiale pour la Justice Fiscale, ainsi que les alliées de la société civile, soulignent le besoin urgent de mettre un terme à l’évasion fiscale des sociétés afin de financer les services publics.

Dans le monde entier, nous appelons à un compte rendu public, pays par pays, afin d’augmenter la transparence fiscale, la protection des lanceurs d’alerte qui exposent les abus, et l’établissement d’un instrument fiscal mondial de l’ONU pour poser les standards fiscaux et contrôler les flux de capitaux suspects, et un taux d’imposition minimum pour les sociétés afin de stopper le nivellement par le bas.

Au Royaume-Unis, pendant des décennies on nous a dit qu’il n’y avait simplement pas assez d’argent disponible pour financer de façon appropriée nos services publics. Nous avons assisté à la privatisation, aux coupures budgétaires concernant l’éducation, la santé et les logements sociaux, l’introduction de « l’utilisateur-payeur » puis à l’augmentation des frais de service. Puis nous avons vu les gels des salaires pour le personnel essentiel de première ligne.

Mais récemment nous avons aussi assisté à une vague d’autres histoires – LuxLeaks, les fichiers HSBC, l’affaire des Panama Papers – lesquelles dépeignent une autre vision de cette supposée sécheresse financière.

Il est estimé (voir pdf) que le montant total placés dans les paradis fiscaux atteint plus de $20tn (£15.8tn). L’économiste Jeffrey Sachs a calculé que le coût total pour mettre fin à la pauvreté la plus extrême dans le monde constituerait une fraction de ce montant – environs $3.5tn (£2.8tn).

La tentative maladroite de la première ministre du Royaume-Uni, Theresa May, de défendre qu’il n’y ait pas d’arbre magique à argent, a illustré la confiance des élites dans le fait que ce paradoxe va rester incontesté.

Jusqu’à récemment, même les dirigeants politiques progressistes internalisaient la pensée que la réforme fiscale afin de financer les services publics était économiquement et politiquement indéfendable.

Mais les individus se réveillent face aux fraudes massives commises contre eux. Comme l’infirmière qui avait confrontée May. Mais cela aurait pu être un pompier posant des questions sur les 10.000 suppressions de postes chez les sapeurs-pompiers. Ou un retraité. Ou un locataire de logement social.

Ils voient que les profits des sociétés ont monté en flèche depuis que les gouvernements ont renfloué les banques – pourtant nous ne pouvons toujours pas financer correctement nos écoles, notre santé, nos maisons ni nos infrastructures. Parfois entrainant des conséquences tragiques et désastreuses.

Il est difficile de croire que nos dirigeants ne saisissent pas le problème. C’est plus probablement qu’ils ne veulent pas agir.

Révélant simplement ceux qui bénéficient de ces obscénités a déjà fomenté cette sorte de colère populaire : nous devons en faire d’avantage.

Les récentes fuites ont exposé les connections entre les fortunés, politiciens aux plus hauts niveaux et l’évitement fiscal à l’échelle globale. Une fuite d’une compagnie au Panama a impliqué, à elle seule, cinq chefs d’Etat en fonction, deux anciens chefs d’Etat, quatre anciens premiers ministres et 61 membres de la famille et d’associés de premiers ministres, rois et présidents, dont ceux de Chine, du Royaume-Uni, d’Australie, de Malaisie et du Mexique – parmi lesquels figure le père de David Cameron. Amber Rudd a été ensuite nommée dans les Bahamas leaks.

La hausse du soutient pour le parti travailliste après qu’il ait placé la réforme fiscale au centre de son programme, ou le cas de Bernie Sanders aux Etats-Unis, montrent que ces politiques ne sont pas seulement essentielles, elles sont également politiquement populaires.

Nous devons soutenir les politiciens et les partis qui prennent position sur l’évasion fiscale. Parce que si nous ne pouvons pas fournir des solutions pour résoudre l’inégalité et assurer un accès universel aux services publics, nous risquons de céder du terrain aux fausses promesses et aux discours alarmistes de l’extrême droite.

Assurer que les sociétés mondiales très riches payent leur part a toujours été le meilleur moyen de financer des services publics de qualité. Mais nos dirigeants politiques doivent comprendre que cela peut aussi leur permettre d’être élus.

 

Rosa Pavanelli est la Secrétaire Générale de l’Internationale des Services publics et la Président du Conseil des Syndicats Mondiaux.

* (article traduite par Audrey Ferdinand)

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